Marché · 17 août 2026

Le marché à deux vitesses

On a repris les ventes actées du littoral, commune par commune. Le continent négocie, l'île attend son acquéreur : deux marchés qui ne vivent pas le même été. La chronique, chiffres en main.

Le marché à deux vitesses

L'été où le marché a respiré

Les actes sont clairs : sur l'agglomération rochelaise, les prix signés ont reculé d'environ 3,5 à 4 % par an entre 2023 et 2025. C'est notre propre mesure, refaite sur les données foncières à chaque mise à jour, pas un chiffre de baromètre national. Pas un effondrement : le marché souffle, après des années où tout montait sans qu'on se pose de questions.

Sauf que cette moyenne additionne deux étés qui n'ont rien à voir. D'un côté du pont, on compare et on négocie. De l'autre, on attend l'acquéreur qui ne discutera presque pas. Mêmes semaines, mêmes taux. Pas le même marché.

Alors cet été, on a repris les ventes actées de 2023 et 2024, les deux dernières années complètes dans les données foncières consolidées, commune par commune. Voilà ce qu'on y a trouvé.

Rive continent : le marché qui compare

À La Rochelle, la maison médiane s'est signée autour de 4 500 euros le mètre carré, sur plus de 900 ventes. L'appartement médian, autour de 5 000 euros, sur près de 1 700 ventes. Des volumes profonds : ici, un acheteur a toujours plusieurs biens comparables sous les yeux, et ça se sent dans les négociations.

La première couronne se tient dans un mouchoir : Aytré autour de 3 700 (163 ventes de maisons), Périgny 3 750, Puilboreau un peu en dessous, Dompierre et Nieul dans les mêmes eaux. Lagord se détache à 4 100, portée par ses quartiers résidentiels. Et une commune joue à part : Châtelaillon-Plage, presque 4 900 en médiane maison. Le littoral continental a son propre tempo, la plage fait le prix.

C'est sur cette rive que le recul se lit le mieux : beaucoup de biens comparables, des acheteurs solvables qui prennent le temps de tout visiter avant de se positionner.

Rive île : le marché qui attend son acquéreur

Traversez le pont, et changez d'échelle. Sainte-Marie-de-Ré : médiane maison à 7 100 euros le mètre carré, sur 136 ventes. La Flotte : 7 400, sur 110 ventes. Rivedoux : plus de 7 600. Saint-Martin : au-delà de 8 100. Le Bois-Plage : environ 8 400, la médiane la plus haute de l'île sur la période. Une fois et demie à presque deux fois La Rochelle, et jusqu'à plus du double de la première couronne.

Ces volumes restent modestes, quelques dizaines à un peu plus de 130 ventes par commune sur deux ans : chaque médiane y est moins solide qu'à La Rochelle, et une poignée de très belles ventes suffit à la déplacer. Mais l'ordre de grandeur, lui, ne se discute pas. L'offre ne peut pas s'élargir, la loi Littoral encadre strictement toute extension de l'urbanisation, et la demande patrimoniale, celle que nous voyons en rendez-vous, ne faiblit pas au rythme des taux.

Résultat : quand trois biens comparables se présentent dans l'année, le rapport de force ne change pas de camp. Le bien rare ne baisse pas parce que la moyenne baisse. Il attend la bonne rencontre.

Deux vitesses, pas deux géographies

La frontière ne passe pas exactement par le pont. Il existe des biens rares côté continent : un hôtel particulier dans le cœur historique, une vue franche sur les bassins, une parcelle en premier rideau à Châtelaillon. Eux vivent au rythme de l'île : peu de comparables, des acquéreurs qui cherchent depuis longtemps, des prix qui tiennent. Et il existe du courant sur l'île, des biens sans le charme ni l'emplacement, qui se négocient comme partout.

La ligne de partage, c'est la rareté. Votre bien a-t-il des équivalents qui changent de mains chaque année ? Beaucoup, et vous êtes dans le marché qui compare. Presque aucun, et vous êtes dans celui qui attend. Les erreurs de prix se paient dans les deux, mais pas de la même façon : sur le courant, en semaines de silence ; sur le rare, en années de mandat qui traîne.

Pour la rentrée, ça se traduit simplement. Acquéreur sur le marché courant : vous avez du choix et du temps, servez-vous-en. Vendeur d'un bien rare : rien ne presse, à condition d'être au prix juste dès le départ ; on a déjà écrit pourquoi dans nos pages sur l'estimation. Dans les deux cas, mieux vaut regarder son marché en face.

Nous suivons ces chiffres en continu, vente actée après vente actée, commune par commune. Si vous voulez savoir de quel côté de la ligne se trouve votre bien, venez nous le demander : on vous montre les ventes de votre commune, pas une moyenne. La suite de cette chronique au prochain trimestre.

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